Le Conseil départemental de l’Éducation nationale (CDEN) du 9 avril a été l’occasion pour la FSU de dénoncer les mesures de carte scolaire. Dans sa déclaration liminaire au CDEN, la FSU a rappelé son opposition aux mesures de carte scolaire telles qu’elles sont envisagées pour la prochaine rentrée. Elle a notamment souligné que ces décisions, ont suscité une réelle mobilisation des collègues.
Lors de la semaine d’action nationale du 30 mars au 3 avril, la grève du 31 mars a en effet été bien suivie dans le département. À Caen, une manifestation a réuni 500 personnes qui ont convergé jusqu’au Rectorat. Ce rassemblement reflet d’une forte mobilisation dans les écoles et les établissements du secondaire a montré l’attachement des personnels, des parents et des citoyens à une école publique de qualité.

Monsieur le préfet,
Madame la Directrice Académique,
Madame la Vice-Présidente du Conseil départemental,
Mesdames et Messieurs les membres du CDEN,
Nous ouvrons ce CDEN dans un climat de profonde inquiétude. Car pendant qu’au ministère, on annonce avec faste la création d’un « concours général des collèges », dans nos établissements, la réalité est tout autre : elle se mesure en suppressions de postes, en classes surchargées, en collègues épuisé·es et en élèves abandonné·es à leurs difficultés.
Ce concours général, présenté comme un horizon pour les « meilleurs élèves », n’est en réalité qu’un miroir aux alouettes. Certaines de ses épreuves – culture générale, informatique et codage – ne sont pas enseignées au collège. Elles récompensent ce qui s’apprend hors les murs, c’est-à-dire ce que les origines sociales déterminent si lourdement. Loin d’être un outil d’émancipation, ce concours est un instrument de reproduction sociale. Il installe la compétition là où nous devons cultiver la coopération. Il valorise une prétendue « excellence » précoce, qui n’est bien souvent que le privilège de celles et ceux qui ont déjà tout. Pendant que l’École cherche sa « Nouvelle Star », le gouvernement poursuit, loin des projecteurs, la dégradation méthodique de notre système éducatif.
La préparation de la rentrée 2026 contenue dans le budget Lecornu montre une réalité comptable implacable.
Dans le Calvados, ce sont 29 ETP supprimés dans le second degré. En lettres, 12 postes disparaissent, dont 8 mesures de carte scolaire en collège. En mathématiques, 4 postes, dont 3 mesures de carte scolaire. L’Allemand fait toujours les frais d’une diminution chronique sans politiques de long terme pour assurer sa survie. Des collègues enchaînent les établissements – parfois très éloignés des uns des autres – avec des compléments de service dérisoires : 13 % des personnels en poste partagé ont des compléments inférieurs ou égaux à 3 heures. Certain·es enseignent pour 2 heures hebdomadaires. Cette logique comptable, qui rogne les DHG tout en maintenant des taux de HSA insupportables, dégrade les conditions de travail au point de conduire à des arrêts maladie. Faute de TZR, ce sont des heures d’enseignement qui sont perdues pour les élèves.
En tout 21 enseignant·es seront victimes de la carte scolaire. Sans accompagnement réel, sans perspective, ils et elles sont éjecté·es de leur poste. Certain·es, jeunes, passionné·es, investi·es au-delà de ce que l’on peut demander, n’ont pas 30 ans et envisagent déjà une reconversion. Cette maltraitance institutionnelle est indigne. Elle détruit des vocations. Elle envoie un signal désastreux à celles et ceux qui pourraient vouloir rejoindre ce métier.
Dans le premier degré, le calendrier lui-même constitue un problème en raison des délais raccourcis liés aux élections municipales. Nos boycotts des instances dont celle-ci lors de la semaine d’action de l’éducation nationale du 30 mars au 3 avril se justifient aussi pour donner un peu plus de temps aux différent·es intervenant·es, équipes pédagogiques, parent·es d’élèves, élu·es de réagir et de préserver un semblant de démocratie. Au niveau national, on annonce des milliers de fermetures de classes dans le premier degré. Dans le Calvados, le solde entre les créations et les suppressions est négatif de 30 postes. La baisse démographique, qui devrait être une chance pour réduire enfin les effectifs par classe, est utilisée comme un alibi budgétaire. La France demeure bien au-dessus de la moyenne européenne sur le nombre d’élèves par classe
Que dire de l’école inclusive ? La création des PAS – Pôles d’Appui à la Scolarité – sans moyens supplémentaires ne saurait être présentée comme une solution miracle. Mettre des moyens dans l’inclusion n’est ni un coût, ni une dépense superflue. C’est une responsabilité de l’État. Pourtant, le nombre de situations mettant à mal des collègues, des classes, des équipes entières explose dans notre département. Le recul démographique devrait être l’occasion de donner davantage de moyens humains et formés – AESH, enseignants spécialisés, psychologues, infirmières – pour que l’inclusion ne soit plus un vœu pieux mais une réalité.
Un dernier mot. Six collèges du Calvados sont entrés dans le dispositif « collèges en progrès ». Comme si les autres ne progressaient pas ! Comme si l’on pouvait faire mieux avec moins ! Cet intitulé est effectivement problématique : il culpabilise les personnels, les somme de revoir leurs pratiques, alors que ce sont les moyens qui manquent. Les retours des journées banalisées sont accablants : lassitude, colère, solutions préconçues imposées au forceps. Dans ce climat, comment rendre le métier attractif ?
Par ailleurs, la dégradation du climat scolaire observée dans de nombreux collèges, l’altération de la santé mentale des élèves ne sont pas pris en considération. Les établissements ont besoin de personnels plus nombreux et formés, notamment en équipes médicosociales.
Face à cette situation, nous réaffirmons la nécessité d’un véritable plan d’investissement pour l’Éducation nationale. Cela passe par l’annulation de toutes les suppressions de postes et des fermetures de classes, par des créations de postes à la hauteur des besoins, et par des moyens permettant d’améliorer concrètement les conditions d’enseignement et d’apprentissage
On nous parle de baisse démographique pour masquer trois autres baisses : celle du budget, celle de l’investissement, celle de l’ambition d’une école égalitaire pour toutes et tous. La dépense éducative n’est pas une charge : c’est l’investissement le plus rentable pour notre société, pour l’égalité des chances, pour l’avenir de nos enfants.
Nous refusons une école à deux vitesses, élitiste d’un côté, abandonnée de l’autre. Nous refusons que l’on organise la compétition quand il faudrait construire la coopération. La FSU sera aux côtés de toutes les équipes qui se mobiliseront et fera front avec avec les parent·es, les élu·es attaché·es au service public d’éducation, émancipateur et démocratique.
CALVADOS